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 Marvin gaye 1939-1984

17/12/2008

 

marvin gaye

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Biographie de

Marvin Gaye

marvin gaye

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Marvin Penz Gay Jr., dit Marvin Gaye
Chanteur, Pianiste, Batteur, Auteur/Compositeur, Producteur
Washington, DC, 2 avril 1939 – Los Angeles, Californie, 1er avril 1984

Certains artistes vivent la musique comme un savoir-faire artisanal, clairement séparé de leurs préoccupations quotidiennes. A l’inverse, Marvin Gaye a constamment entretenu avec son art une relation intime alimentée par sa fragilité émotionnelle, son inspiration reflétant ses relations complexes et brutales avec les femmes, son admiration pour sa mère, sa rivalité avec son père dont il a hérité l’instabilité mentale et une sexualité problématique. A l’image de sa vie, son œuvre est traversée par une ambigüité constante entre sa sensibilité et sa spiritualité ; dans cette mesure, il est avec Al Green le créateur le plus caractéristique de la soul, un genre qui porte en lui toute l’équivoque d’une Amérique noire animée par les forces concurrentes du gospel et du blues. Même s’il a pu avoir la tentation de devenir le « Frank Sinatra noir » - le cliché qu’il utilisait lui-même pour exprimer son besoin de reconnaissance universelle -, Marvin a intuitivement compris que c’est en dévoilant dans sa musique les méandres de l’âme afro-américaines que son apport à la culture du XXe siècle serait le plus notable.

Cette prise de conscience a été le fruit d’un processus créatif à la fois lent et prolifique. Tenté par le doo-wop, inspiré par la ballade Pop, il n’est entré dans l’âge soul que tardivement, s’émancipant graduellement de la tutelle de Motown et du clan Gordy pour prendre en main son destin musical avec une suite d’albums autobiographiques dans lesquels s’étalent ses interrogations apocalyptiques sur l’avenir de l’humanité. L’écologie, la guerre, la violence urbaine, mais surtout le désir, la jalousie et la brutalité conjugale, autant de thèmes qui le ramènent inévitablement à des tourments intérieurs que seul la musique pouvait l’aider à sublimer. Au fur et à mesure que Marvin s’est enfoncé dans la folie, ses angoisses ont fini par étouffer son inspiration et sa mort autoprogrammée prend des allures de suicide à l’heure où se réglait enfin avec son père un conflit étouffé depuis l’enfance. Assassiné à la veille de ses quarante-cinq ans Marvin Gay laissait derrière lui un héritage abondant, d’une grande diversité ; si la cinquantaine de hits consacrés par les charts constituent la partie visible de l’iceberg, la véritable richesse la véritable richesse de son œuvre apparaît dans une série de recueils (What’s Going On, Let’s Get It On, I Want You, Here, My Dear) qui débordent le cadre de la chanson pour entrer dans le champ de l’art poétique. De l’avis des rares privilégiés qui ont pu y avoir accès, on en trouvera la confirmation le jour où ses nombreux enregistrements inédits sortiront de l’ombre, certifiant le génie du dernier des grands poètes maudits de l’ère romantique.

Il n’est pas besoin de chercher loin dans l’entourage de Marvin pour trouver les figures du Bien et du Mal qui ont dominés sa vision manichéenne du monde : d’un coté sa mère Alberta Gay, figure christique portant sur ses épaules le poids su monde auquel elle parvient à donner les couleurs de l’amour et de la tolérance ; de l’autre son père Marvin Penz Gay Sr., un prédicateur raté qui reporte sa hargne sur le fils auquel il a tenu a donner son nom. Affilié à la House of God, une église austère qui se rattache d’avantage au judaïsme de l’Ancien Testament qu’à la tradition chrétienne, Gay père a quitté le Kentucky très jeune pour porter la parole divine dans les communautés sudistes rurales au plus fort de la Dépression. Sa rencontre avec Alberta décide de son installation à Washington où il commence par diriger une petite congrégation jusqu’à ce qu’un schisme conduise à sa marginalisation à la fin des années 1940.

Entretemps, Gay Sr. A eu le temps d’éloigner le fils aîné de sa femme, considéré comme impur, pour engendrer quatre enfants ; Jeanne, Marvin, Frankie et Zeola « Sweetsie ». Alors qu’il a toujours proclamé son désir d’avoir un fils, l’arrivée de Marvin Jr. Au printemps 1939 déclenche un reflexe de jalousie chez cet homme qui ne supporte pas l’intimité qui s’établie entre sa femme et Marvin, au point de faire de celui-ci un enfant martyr qu’il bat quotidiennement, renforçant les liens entre la mère et le fils. Musicien précoce, Marvin fait également de l’ombre à son père dans le cadre de l’église : « A chaque fois que je chantais et que les fidèles me félicitaient, mon père avait la haine. » Les actes de cruauté redoublent au début de l’adolescence de Marvin lorsque son père cesse définitivement de travailler suite à la perte de son église. Cette violence physique s’accompagne d’une grande confusion sexuelle pour Marvin qui découvre que son père se travestit, prenant plaisir à porter à la maison les sous-vêtements et les robes d’une mère qui a toutes les peines du monde à nourrir sa famille.

De cette époque date sa décision de réussir par tous les moyens pour affranchir les siens de leur enfer quotidien. L’armée constitue une première façon d’échapper à l’emprise de son père abusif pour Marvin qui s’engage en 1956, avant de s’apercevoir que la ségrégation effective qui règne dans l’Air Force compromet son avenir. De retour à Washington, après une dépression qui a provoquée sa démobilisation, il se tourne vers le doo-wop, autre manière de marquer son opposition à un père qui considère le rhythm & blues comme sacrilège. Patrie du Howard – l’un des principaux théâtres de l’Amérique noire avec l’Apollo de Harlem -, Washington est une terre musicale fertile, l’exemple des Clovers ayant déteint sur d’autres groupes locaux comme les Dreamtones d’Herb Fame (consacré par la suite par le duo Peaches & Herb), les Starlighters de Van McCoy ou encore les Rainbows de James Nolan et Don Coway.

Inconditionnel de Rudy West des fives Keys, de Clyde McPhatter, de Ray Charles et de Little Willie John, Marvin avait fait ses premiers pas au sein des DC Tones de Sondra Lattisaw (la mère Stacy) dès ses années de collège : avec Reese Palmer des Tones et James Nolan des Rainbows, il forme les Marquees en compagnie desquels il enregistre Wyatt Earp et Hey, Little Shool Girl pour OKeth en 1957 sous la direction de Bo Diddley, avec Billy Stewart au piano. Ce single initial très influencé par les Coasters, a le mérite d’attirer l’attention d’Harvey Fuqua qui vient de se séparer de ses Moonglows originaux et recrute les Marquees pour prendre leur succession. Fuqua est non seulement un excellent arrangeur vocal, c’est aussi un homme d’affaire qui profite de ses contacts dans le métier pour conduire en studio ses nouveaux Moonglows, auxquels s’est joint provisoirement Chuck Barksdale des Dells de Chicago, Marvin a l’occasion d’enregistrer Mama Loochie avec ses Moonglows en 1959, mais aussi de participer avec ses condisciples à des séances de Chuck Berry (Back in the U.S.A.) et d’Etta James (Chained to My Rocking Chair) qui est à l’époque la petite amie de Fuqua.

Le déclin du doo-wop qui marque l’entrée dans les années soixante conduit à l’éclatement des Moonglows et Marvin s’installe à Detroit où Fuqua vient de créer le label Harvey. La nouvelle compagne de Fuqua est Gwen Gordy, dont le frère Berry concentre tous ses efforts dans le développement de sa jeune compagnie Motown ; depuis le triomphe de Shop Around des Miracles au cours de l’hiver 1960-61, la firme de Gordy a pignon sur rue dans le ghetto de Detroit et Marvin s’y introduit dans un premier temps comme batteur de studio et de tournée dans le groupe de Smokey Robinson, en attendant de renforcer des liens avec la famille Gordy en devenant le compagnon de l’une des sœurs de Berry, Anna. La différence d’âge est importante entre aux puisqu’il a vingt et un ans et qu’elle en a trente sept, mais l’intensité de cette relation va lourdement influencer la carrière de Marvin en lui fournissant un sujet d’inspiration majeur, depuis la période romantique de ses début jusqu’à l’autopsie sentimentale du couple que détaille Here, My Dear à la fin des années 1970.

Tout en continuant à travailler en studio comme pianiste et batteur aux côtés de Stevie Wonder, Marvin développe ses instincts créatifs en écrivant ses premiers textes, mais c’est en tant qu’interprète qu’il entend parvenir à ses rêves de gloire. Son entrée dans le clan Gordy par le biais d’Anna explique en partie la sortie en 1961 de the Soulful Moods of Marvin Gaye, un album à mi-chemin entre jazz et variété, influencé par Nat Cole et Frank Sinatra, qui voit Marvin officialiser l’adjonction d’un « e » final à son patronyme. Officiellement, cette marque de distinction est motivée par son admiration pour Sam Cook(e) qui avait initialisé cette pratique quelques années auparavant. Mais de même que Cooke a surtout voulu faire oublié le sens premier de son vrai nom (cook signifie « cuisinier »), Marvin cherche à mettre un terme aux railleries de tous ceux qui, depuis son adolescence, se moquent de son visage aux traits fins en posant la question rituelle : Is Marvin gay ? (Marvin est-il pédé ?). Traumatisé par la sexualité trouble de son père, Marvin supporte difficilement la mise en question de sa propre virilité.

L’échec de se premier album, tout comme celui des singles Sandman et Soldier’s Plea, est source d’angoisse pour Marvin qui voit dans le même temps la plupart des autres artistes Motown accéder à la gloire. Et même lorsque Stubborn Kinda Fellow fait entrer son nom dans le Top 10 noir à l’automne 1962, cet eternel insatisfait grince des dents en constatant l’indifférence du marché Pop qu’il veut à tout prix conquérir. Egalement enregistré avec Martha & the Vandellas dans les chœurs, Pride and Joy dissipe provisoirement ses doutes au début de l’année suivante en se classant dixième au Hot 100 tout en ratant de peu la première place des classements afro-américains, ce qui lui permet d’acheter à sa mère une maison comme il s’en était fait la promesse. Cette réussite, en partie due au soutien moral d’Anna Gordy qu’il épouse cette année-là, donne un nouvel élan à la carrière de Marvin, comme l’illustrent les différents albums Motown enregistrés en public à l’époque, dont Live on Stage est le plus parlant. La tendance se confirme en 1964 avec You’re Wonderful One, enregistré en compagnie des Supremes, avant que Marvin n’initie une longue série de duos romantiques dont Mary Wells est la première partenaire (Toghether avec What’s the Matter with you, Baby).

Pour Marvin que ses succès transforme en crooner sentimental, cette période marque le début de son statut de sex-symbol, une image rassurante pour lui qu’il s’appliquera à entretenir jusqu’à la fin comme un remède incontournable aux questions qu’il ne cesse de se poser sur ses relations avec les femmes. Au milieu de la décennie, alors que ses rapports avec Anna se trouvent confortés par l’adoption d’un garçon prénommé Marvin III, il poursuit sur sa lancée avec des albums comme A Tribute to the Great Nat King Cole et Hello Broadway, ou encore par un engagement très médiatisé au cabaret Copacabana de New York. C’est pourtant avec une série de titres plus soul produis par Smokey Robinson ou Brian Holland et Lamont Dozier qu’il peut conforter son emprise sur les charts en 1969-1966 : How Sweet It Is to Be Loved By You, i’ll Be Doggone et Ain’t That Peculiar qui lui donnent ses deux premiers Numéro Un R&B, et Little Darling, I Need You.

La saison 1967 est marquée par une nouvelle série de duos : après le succès de It Takes Two avec Kim Weston, Ain’t No Mountain High Enough, You Precious Love et If I Could Build My World Around You le voient s’engager dans une complicité professionnelle intense avec Tammi Tarrell qui se traduit par la réussite commercial de l’album United, amplifiée en 1968 par l’irruption à la première place des charts noirs de deux extraits du recueil You’re All I Need, Ain’t Nothing Like Real Thing et You’re All I Need to Get By. La perfection artistique et la stabilité émotionnelle qui accompagnent ce moment privilégié de la carrière de Marvin ne vont pas durer, les premiers signes de la maladie qui emportera Tammi Terrell trois ans plus tard étant survenus dès l’été 1967 los d’un concert commun. Très affecté par la déchéance physique de Tammi, Marvin voit également les nuages s’accumuler au dessus de sa relation avec Anna, au point de conduire pour la première fois à une tentative de suicide. Comme toujours avec Martin dont l’expression artistique est inévitable le reflet de son quotidien, son répertoire quitte le registre de la passion pour aborder celui de la suspicion et du désamour avec une force qui va le conduire pour la première fois au sommet. En s’installant simultanément tout en haut des classements R&B et Pop à la fin de 1968, I Heard It Through the Grapevine montre pour la première fois à quel point l’insatisfaction personnelle de Marvin est le moteur de sa créativité.

Provisoirement pris en charge par Norman Whitfield – le producteur partiellement responsable du recueil In the Groove sur lequel apparaissait Grapewine, spécialiste d’une soul directe et macho proche de ses racines gospel sudistes – il enchaîne avec M.P.G. et les best-sellers Too Busy Thinking About My Baby, That’s the Way Love Is et The End of Our Road tout en enregistrant avec Tammi Terrell un dernier album intitulé Easy qui vient clore un chapitre douloureux de son histoire. La mort de la chanteuse au début de 1970 ne fait que renforcer les penchants suicidaires de Marvin qui refuse désormais de se produire sur scène, une façon subtile de saboter sa propre carrière à défaut de se faire disparaître. Enfermé dans sa dépendance à l’égard de la cocaïne, harcelé par le fisc qui lui réclame des arriérés d’impôts conséquents, impliqué dans une relation masochiste avec Anna Gordy, il comprend que sa capacité à produire une œuvre majeure est son unique moyen d’échapper au naufrage.

Si les années soixante ont confirmé la suprématie des producteurs chez Motown, la décennie qui s’ouvre favorise en revanche l’expression des artistes au moment où Berry Gordy, occupé à faire sa place à Hollywood, s’éloigne de la réalité de sa compagnie à Detroit. Avant Stevie Wonder, Marvin Gaye est le premier à imposer sa volonté d’assumer totalement ses capacités artistiques en commençant par produire les Originals (Baby, I’m for Real), pour ensuite réaliser lui-même ce qui reste l’un des albums cruciaux de l’ère soul, What’s Going On. Omniprésent sur les radios de toute l’Amérique, ce manifeste contre la guerre est pour le respect de la nature traduit avec une justesse rare les arrières pensées d’une nation troublée par le Viêt-Nam et la radicalisation des rapports entre les générations.

Au même titre que Sly Stone avec There’s a Riot Goin’ On ou John Lennon dans Power to the People, Marvin dresse un portrait sans concession d’une époque troublée à l’aide de compositions inspirées comme What’s Going On (co-signé par Renaldo Benson des Four Tops, N°1 Soul et N°2 Pop), Mercy Mercy Me (the Ecology) (N°1 Soul et N°4 Pop) et Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) (N°1 Soul et N°9 Pop), mais ses qualités d’écriture ne sont pas les seuls atouts de l’album. En enregistrant successivement plusieurs lignes vocales, il crée des harmonies d’une complexité et d’une richesse rarement égalées qui modifient en profondeur la sonorité du rhythm & blues.

De l’extérieur, le milieu de la décennie peut apparaître comme un répit pour le chanteur qui renoue enfin avec la scène en 1974 – donnant l’occasion à la Motown de transformer Marvin Gaye Live ! en best-sellers pendant l’été – l’année où Janis accouche de leur fille Nona. L’achat d’une nouvelle maison, la création du Marvin Gaye Recording Studio et la naissance en novembre 1975 de Frankie Christian « Buddy » constituent d’autres moments positifs, mais a y regarder de plus près, la période n’est pas si rose. Le divorce demandé par Anna donne lieu à une bataille douloureuse qui se terminera deux ans plus tard au détriment de Marvin dont les relations avec Janis sont par ailleurs catastrophiques. Plus instable que jamais, il semble prendre du plaisir à torturer mentalement sa compagne avant de lui déclarer sa flamme ; comme a son habitude par le biais du disque qui fait amende honorable, réalisant avec I Want You une ode amoureuse à l’érotisme déclaré, enregistré avec la complicité de Leon Ware dans une débauche de cocaïne.

Cette réussite sans précédent ne suffit pourtant pas à exorciser les démons de Marvin qui refuse toujours de retourner sur scène – à l’exception d’un concert organisé à Washington le 1er mai 1972, déclaré Marvin Gaye Day par la municipalité – et poursuit une guerre larvée contre sa femme Anna tout en continuant à écrire avec elle. Pour échapper aux tournées qui lui font peur, il pense un moment faire carrière à Hollywood où la mode est aux blaxploitation movies, ces polars-afro-américains à l’imagerie macho bon marché. Dans le sillage d’Isaac Hayes et de Shaft, il compose la bande originale du film Trouble Man en 1972 et obtient même des rôles secondaires dans des productions comme The Ballad of Andy Crocker et Chrome and Hot Leather au moment de son installation à Los Angeles.

A la fin de 1972, sa rencontre avec Janis Hunter, vient à la fois compliquer sa vie et renouveler son inspiration. Fille du musicien de jazz Slim Gaillard, Janis a seize ans face à Marvin qui en compte trente-trois, une différence que l’on ne peut s’empêcher de comparer aux dix-sept ans séparant le chanteur d’Anna Gordy. Pour cette nouvelle muse, Marvin va composer Let’s Get It On en 1973, une œuvre aussi innovatrice qu’ambiguë sur ses rapports conflictuels entre sensualité et spiritualité, annonçant l’érotisme popularisé peu après par Donna Summer avec Love to Love You Baby. Onze semaines en tête des meilleures ventes dans les ghettos, ce recueil distingué par les singles Let’s Get It On (nouveau double Numéro Un Soul et Pop) et Come Get to This de Marvin qui reste sur le devant de la scène cette année-là grâce à une suite de duos avec Diana Ross intitulée Diana & Marvin (You’re a Special Part of Me).

Le jugement de la critique est sévère mais le public n’en a cure qui fait que ce disque l’une des meilleurs ventes de 1976. La réussite commerciale est encore là l’année suivante pour Marvin Gaye Live at the London Palladium, enregistré en public à l’occasion de la première tournée anglaise de Marvin. Comme Motown est à court de matériel pour ce double album, Marvin et son ingénieur du son Art Stewart s’amusent à réaliser en studio une longue improvisation intitulée Got to Give It Up (Pt. I) qui apporte la preuve que disco et soul peuvent faire bon ménage lorsque l’intelligence et la créativité sont de rigueur ; paradoxalement, c’est cette unique plage studio qui s’impose comme best-seller, enrichissant le palmarès de Marvin d’un troisième Numéro Un Pop et Soul, le dernier de sa carrière. Pour lui, ce feu d’artifice tient lieu de bouquet final au moment d’entamer une longue traversée du désert. Financièrement exsangue, Marvin profite de l’été 1977 pour partir en tournée à travers les Etats-Unis avant de se marier avec Janis alors que leur mésentente est notoire.

En studio, c’est d’ailleurs à Anna qu’il pense en réalisant Her, My Dear une chronique désespérée d’un mariage raté ; la sortie de l’album à la fin de 1978 coïncide curieusement avec la décision de Janis de demander le divorce. A la limite de la faillite personnelle, Marvin Gaye gagne quelques mois de sursis grâce au renouvellement de son contrat Motown, malgré l’échec commercial relatif de Her, My Dear. Comme à chaque fois que l’argent lui fait défaut, il accepte à reculons de repartir en tournée mais l’extravagance de son train de vie ne fait qu’aggraver la situation, d’autant que le temps et l’énergie lui manquent pour finaliser un nouvel album, reculant d’autant le versement d’une avance sur ses droits d’auteur. Poursuivi par une nuée de créanciers au premier rang desquels se trouve le fisc, il finit par s’exiler au moment où court la rumeur que Janis entretient une liaison avec Teddy Pendergrass. Après une tournée au Japon et six mois à Hawaï, c’est à Londres qu’il finit par s’installer au cours de l’été 1981, à l’occasion d’une tournée rocambolesque au cours de laquelle il fait la une de toute la presse populaire anglaise pour avoir refusé de se produire devant la princesse Margaret.

Marvin a trop peur des services du Trésor américains pour rentrer aux Etats-Unis, ce qui l’empêche de terminer l’album promis depuis des mois à sa maison de disques. Lorsque In Our Lifetime sort sans sa permission au début de 1981, ce créateur perfectionniste annonce aux médias qu’il renonce désormais à enregistrer pour la Motown, une mesure vexatoire qui a peu d’effet sur Berry Gordy alors que les ventes de son dernier disque stagnent. Installé comme un clochard de luxe dans un appartement du West End de Londres, Marvin végète pendant de longs mois entre sa mère, son fils de cinq ans emmenés en Europe contre l’avis de Janis, ses diverses compagnes et une nuée de parasites attirés par l’abondance de son stock de cocaïne.

Il faudra tout le dévouement d’un organisateur de spectacle belge nommé Freddy Cousaert pour que Marvin reprenne le dessus. Sous l’impulsion de Cousaert qu’il qui l’installe à Ostende dans un bel appartement et le prend en charge moralement dès le printemps 1981, il se met en quête d’une maison de disques. Après un an de tractasion difficile, Motown cède le contrat de Marvin à CBS qui publie Midnight Love à l’automne 1982. Poussé par le succès du single Sexual Healing qui se maintient plus de deux mois à la première place des charts Black de Billboard, cet album co-produit par Harvey Fuqua se vend à plus de deux millions d’exemplaires en l’espace de quelques mois, permettant à son auteur de retourner en Amérique la tête haute. Mal conseillé par le nouveau management que lui a trouvé Fuqua, Marvin multiplie les caprices et prend tous les prétextes pour retarder la tournée que son public attend.

Lorsqu’il se met enfin en route au printemps 1983, les deux Grammy Awards reçus pour Sexual Healing – une considération longtemps espérée et jamais obtenue auparavant – ne suffisent pas à ranimer la flamme qui a faibli depuis la sortie peu auparavant du premier album solo de Lionel Richie et du recueil Thriller de Michael Jackson. Hébété par la quantité astronomique de cocaïne qu’il consomme régulièrement, Marvin n’est plus que l’ombre de lui-même, allant jusqu’à faire tomber son pantalon sur scène pour tenter dans un geste dérisoire de préserver son statut de sex-symbol. A la même époque, les relations avec CBS sont de plus en plus tendue alors que sa maison de disques se refuse à publier telle quelle sa dernière production intitulée Sanctified Pussy (Chatte sanctifiée). Marvin tente de trouver une médiation en demandant à Barry White d’écrire son prochain disque, un projet resté sans lendemain.

Enfermé chez sa mère à Los Angeles dans une cohabitation impossible avec ce père qu’il déteste, il souffre d’une paranoïa chronique qui l’empêche de sortir, de crainte d’être abattu par des ennemis imaginaires. Lors de rares moments de lucidité, il parle de réaliser avec son frère cadet Frankie un album repoussé depuis des années, mais la folie finie irrémédiablement par reprendre le dessus. Le dimanche 1er avril 1984, veille de son quarante-cinquième anniversaire, une altercation avec son père au sujet de cette mère dont ils se disputent l’amour depuis toujours tourne au drame. Frappé par son fils, Marvin Sr. S’empare d’un revolver que Marvin lui-même lui avait offert auparavant et fait feu à deux reprises.

Le nombre et la sincérité des hommages enregistrés suite à la mort de Gaye illustrent l’ampleur du traumatisme vécu par la communauté afro-américaine, dont Roshell Anderson donnera la mesure en 1992 en mettant Marvin sur le même plan que Malcom X et Martin Luther King dans sa chanson Rolling Over. Dès 1984, Teena Marie te Leon Ware font œuvre de mémoire en co-signant My Dear Mr. Gaye pour l’album Starchild, peu avant que Missing You – écrit par Lionel Richie pour Diana Ross – et Nightshift des Commodores ne prennent la tête des charts noirs. En 1989, c’est au tour d’un ancien protégé de Marvin, Frankie Beverly du groupe Maze, d’évoquer sa mémoire dans Silky Soul, en attendant que Stevie Wonder publie en 1991 à la fin de son album Jungle Fever la chanson Lightning Up the Candles, écrite et interprétée à l’enterrement de son ancien pianiste et batteur le 5 avril 1984. Plus parlant encore aura été le succès commercial rencontré par la réédition des œuvres de Marvin, un inédit intitulé My Last Chance s’étant même imposé dans le Top 20 R&B en 1991, quelques mois avant que sa propre fille Nona ne prenne la relève avec l’album I’m Overjoyed. En réalisant What’s Going On, l’une de ses œuvres maîtresses, Marvin Gaye avait affirmé son intention de réveiller la conscience humaine : la fidélité de la communauté afro-américaine à sa mémoire prouve qu’il y est parvenu.

Biographie tirée de l'ouvrage Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul de Sebastian Danchin, éditions Fayard (2002).

 



 

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Catégorie : BIOGRAPHIE

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Commentaires

 astre2fifi, le 18-12-2008 à 00:22:59 :

Commentaire sans titre

Chapeau les amis pour cet homage a marvin il le merite c'est vraiment le plus grand soul man de tous les temps avec stevie wonder aussi
bonne soirée
astre

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